31 janvier 2006

Pavement de bonnes intentions

Notre post sur l'indie américain ne mentionne pas Pavement dans les influences majeures du mouvement. Le sang de sssiiissster ne fait qu'un tour et il pond, du coup, une biographie-hagiographie du groupe. Droit de réponse.


Pavement - Shoot The Singer (1 Sick Verse) (MP3)
Pavement - Fight This Generation (MP3)

Pavement en 2006, ça pèse quoi sur la balance? Pas bien lourd. Déjà dans les années 90, les fans du groupe ne sont pas légion alors imaginez aujourd'hui : terminé le j'm’en foutisme des 90's, il rend obèse ! Mieux vaut poncer les angles, nettoyer en surface, parfaire les morceaux et accélérer le tempo si possible. Parce que ça ne dure pas longtemps.

Once a time Lo-Fi. En 1992, alors que toute l'attention médiatique est tournée vers Seattle, Pavement sort son premier album Slanted & Enchanted dans le quasi-anonymat. Pourtant, il semble bien que l'on tienne quelque chose de remarquable : un son lo-fi, une spontanéité juvénile et une nonchalance positive, future marque de fabrique, tant dans l'écriture que dans les compositions. De belles promesses demandant confirmation. Celle-ci ne se fait pas longtemps attendre, le Watery, Domestic Ep débarque quelques mois plus tard et achève de convaincre ceux qui misaient sur la bande à Malkmus. Dès lors les albums s'enchaînent à un rythme soutenu : cinq albums et demi entre 1992 et 1999. Chaque disque se démarque du précédent, comme si un palier devait constamment être franchi. Rien de véritablement homogène dans leur son, et le résumer en quelques mots serait stupide, mais puisqu'il faut bien le faire : des chansons pop mais déstructurées, des relents noisy batelés en arrière-plan, une voix décalée et insolente, tantôt miaulante tantôt toussante. Le tout entrecoupé de morceaux un peu plus zarbis et à moitié à poil.

King Of The Indie Rock. En sept années d'existence the rock band indiffère, passionne, et énerve. Référence absolue au milieu des Sonic Youth et autre Pixies pour nombre de groupes, les Pavement ont influencé, bien malgré eux, des pans entiers de l'indé américain, débordant même sur la scène pop britannique des 90's (Blur). Pourtant, seuls les critiques en feront des rois, jamais le public qui les a oubliés. D'abord parce que le groupe n'existe plus, sauf en réédition deluxe. Ensuite, parce que leur meilleur album est définitivement le premier. Avec du recul, même s'ils sont bien accueillis à leur sortie, leurs deux derniers disques sont d'une autre trempe, plus sérieux, mieux produits (le Nigel Godrich de Ok Computer est au commande de Terror Twilight), des qualificatifs moins en phase avec l'esprit Pavement qui ont peut-être enterré le groupe. Quoi qu'il en soit, je profite de cette tribune pour clamer que Pavement doit être couronné King of the Indie Rock. Pour illustrer ces propos enflammés, je vous renvoie aux dires des futurs regrettés Grandaddy qui évoquaient leurs influences sur le site des Inrocks : "[Les disques de Pavement] parlaient de choses, de situations, de sentiments qui nous étaient familiers et leur musique nous a montré la voie".

Epitaphe aux 90's. 9 novembre 1999, toujours pas 20 ans, Nantes, l'Olympic, festival des Inrocks. On roule des joints pendant Day One. Le bar s'offre un relooking à nos frais alors que Muse s'éternise. Mais après quelques minutes nécessaires à l'installation du plateau des Flaming Lips où un énorme gong occupe une place de choix, ces derniers la jouent monumentale et la soirée s'emballe enfin. Puis arrive Pavement. Le bassiste salue le public et lâche dans un français bancal "Bonjour, nous sommes Pavement et nous détestons ceux qui pissent sur les bords des toilettes". S'en suit alors le train-train : accords ratés, intros loupées, pas grave on recommence. Cette fois c'est vraiment parti. Homo/hetero pogos, on scande, on rit et voilà c'est presque la fin. Deuxième rappel, Pavement entonne le pince-sans-rHere du premier album "I was dressed for success / But success it never comes / And I’m the only one who laughs / At your jokes when they are so bad / But they're not as bad as this...". Quelques mois plus tard, c'est vraiment la mauvaise blague, Pavement se sépare.

30 janvier 2006

Vieux romantiques et power-pop à l'ancienne


The Romantics - When I Look In Your Eyes (MP3)

L'an dernier, on a beaucoup aimé le Twin cinema des New Pornographers, qui prouvait, après le dernier Teenage FanClub et quelques cavalcades des Shins, que cette bonne vieille power-pop n'est pas morte. Mais les New Pornographers sont-ils vraiment power-pop ? Zestes de piano, voix féminine sucrée, production vernissée : on est plus proche d'un grand groupe pop, tout court, que d'un grand groupe de power-pop.

C'est ce que je me suis dit après avoir écouté le premier album des Romantics, groupe vestimentairement scandaleux. Et qui prouve, surtout, que la power-pop est à la pop ce que la série B est au cinéma : le genre le plus mineur et (parfois) le plus vivant. Guitares carillonnantes, chant d'ado mal dégrossi (un peu comme l'ami Coxon), production... euh, quelle production ??? When I Look In Your Eyes résume bien ce premier album des Romantics, entre le Shake some action des Flamin' Groovies et les La's : totalement anecdotique, et extrêmement jouissif, bien sûr. Comme un bon teen-movie.

24 janvier 2006

Beauté tropicale sous le soleil hivernal


Gilberto Gil - So Quero Um Xodo (MP3)

Le principe des bacs à soldes, c'est qu'on y trouve surtout de la daube : des compiles de disco italienne, du hip-hop scandaleux, de la variétoche moche. Le principe des bacs à soldes pendant la période des... soldes, c'est qu'on y trouve un peu moins de daube : quelques bons albums arrivent à se glisser entre les mailles du filet pour atterrir, parfois, dans ma discothèque. Bilan de la récolte le week-end dernier : le très beau Transatlanticism de Death Cab For Cutie, le premier Tom Petty, et surtout le volume 1 des compilations Brazil Classics, Beleza tropical.

L'histoire est belle et improbable. En 1988, David Byrne, roi des mélanges au sein des Talking Heads, souhaite sortir une compilation des meilleures oeuvres de la période tropicaliste (Caetano Veloso, Gilberto Gil, Jorge Ben, Maria Bethania...), sur laquelle j'ai choisi le parfait So Quero Um Xodo. Laissons la parole à la tête parlante : "Juste après la sortie du disque, j'ai réalisé que j'allais devoir sortir deux ou trois autres compilations pour couvrir les autres musiques brésiliennes [il y en aura une consacrée au forro, une à la samba, et surtout deux qui provoqueront la résurrection de Tom Zé]. J'allais donc avoir besoin d'une structure... J'ai appelé mon label Luaka Bop parce que j'aimais le son de ces mots - étrange et mélodieux." Etrange et mélodieux : quelle meilleure définition peut-on donner du tropicalisme ?

20 janvier 2006

Face For Radio, les allumés suédois

Deuxième featuring d'Aymeric dans notre nouvelle rubrique "L'invité du blog". Aujourd'hui, Face For Radio, un groupe suédois qui paye son tee-shirt des Ramones et son saxophone.


Face For Radio - One of your kind (MP3)
Face For Radio - Lucy Lou (MP3)

A l'heure de l'Internet, c'est sympa de voir qu'on peut encore découvrir des groupes par une voie traditionnelle et pré-numérique, le bon vieux bouche-et-oreille. Ne cherchez pas de traces des suédois de Face For Radio. Ils ne sont signés sur aucun label. Vous ne les trouverez pas sur Google. Pas de My Space non plus. Aucun mp3 blog n’en a parlé. Aucun article dans Pitchfork. A peine disposent-ils d’un embryon de site personnel.

Ces copains de lycée forment FFR en 2002 et suivent le parcours classique d’un groupe de rock acnéique : d’inévitables reprises de Blink 182, Nirvana ou Red Hot Chili Pepper pour débuter, puis quelques concerts, dont un mémorable, dans une église remplie de pratiquants peu sensibles au rock n’ roll (« la pire expérience de ma vie », selon le bassiste). C’est à cette époque qu’ils commencent à écrire leurs propres chansons. Beaucoup de daubes et enfin le déclic : hiver 2003, ils décident d’accueillir en leur sein un saxo et une trompette. Leur rock basique trouve alors sa touche d’originalité.

Rayon discographie, un seul EP de cinq démos réalisé au printemps 2004. Cinq chansons seulement, mais déjà deux tubes : One of your kind et Lucy Lou. L’hommage (mal orthographié) à l’actrice Lucy Liu illustre combien un saxophone peut transformer une chanson pop classique en véritable bijou tandis que One of your kind brille par son irrésistible refrain (une curiosité à noter : les trois premières notes de basses sont celles du Laisse pas traîner ton fils de NTM). Du pop-rock sautillant, euphorisant et addictif. Un groupe de rock avec une trompette ne peut pas être tout à fait mauvais.

18 janvier 2006

Il était une foi en l'Amérique

Interprétations diverses fête aujourd'hui son premier anniversaire. L'occasion de risquer une petite théorisation de notre « politique des auteurs », celle de l’indie nord-américain. Un genre d'un nouveau genre que l'on défend âprement face à la « qualité anglaise » dominante.

"Come writers and critics, who prophesize with your pen
And keep your eyes wide, the chance won't come again
And don't speak too soon, for the wheel's still in spin
And there's no tellin' who that it's namin'
For the loser now will be later to win"

(Bob Dylan, The times they are a-changin').

Sa définition. Le rock anglais crève sous ses vraies légendes (Clash, Joy Division, Cure), pendant que le rock américain réécrit la sienne. Le constat est dur, mais quadruple. Un : les disques britanniques (Franz Ferdinand, Rakes, Bloc Party) se vendent par Boeing entiers, des bons disques, des moins bons, tout ça se mélangeant en un magma uniforme et lassant. Deux : il existe une scène nord-américaine, ni ultra-dominante ni marginalisée, qui a réussi à se tailler un territoire commercial conséquent (Arcade Fire, Clap Your Hands Say Yeah, Sufjan Stevens, Wolf Parade, Bright Eyes...). Trois : les leaders de cette scène ont souvent été popularisés grâce à Internet, par les blogs et webzines, mais aussi par le peer-to-peer et la vente en ligne, qui permettent la diffusion à plus large échelle de disques parfois mal distribués en France (voir par exemple, en 2003, la diffusion chez les fans de pop français de Chutes to narrow des Shins, six mois avant sa sortie officielle). Quatre : tout en s'inscrivant résolument dans un cadre rock, et un format de chansons plutôt classique, ces groupes marient pour la plupart une grande variété d’influences, rappelant que l’Amérique est aussi bien le pays des Beach Boys que de Sonic Youth, de la power-pop la plus jouissive que du folk le plus poignant, de l'americana rurale que des immigrés allemands fans de krautrock. Symboles de cet éclectisme : le projet fou "50 Etats, 50 disques" de Sufjan Stevens, ou la schizophrénie de Bright Eyes, auteur de deux disques en simultané l'an passé.

Ses nouveaux défenseurs. Les blogs sont, dans leur majorité, déjà acquis à ce courant. La presse "traditionnelle", même si elle aime toujours ses héros prolos anglais, s'y met aussi, lentement mais sûrement. Sufjan Stevens squatte la deuxième place du podium 2005 des Inrocks, Animal Collective et Clap Your Hands ont droit de cité dans celui de Technikart, et Magic sacre Architecture In Helsinki (pas des Nord-Américains, mais ne chipotons pas) album du mois tout en déplorant que, dans la scène britannique actuelle, "les genres revisités sans grâce ne sont que des gimmicks, et pas des passions chevillées au corps". Le revival rock initié par les Strokes fait encore vendre des journaux, mais plus vraiment rêver les critiques. Proust, qui, vu la longueur de ses romans, aurait sûrement adoré le projet de Sufjan Stevens, l'a mieux écrit que nous : "Les modes changent, étant nées elles-mêmes du besoin de changement".

Ses Tables de la loi. Reste à trouver un disque pour résumer ce nouveau courant. Pas la peine de chercher un Nevermind cumulant déferlante commerciale chez les kids du Midwest et symbole musical pour les intellos new-yorkais : il n’y en a pas. Deux possibilités s'offrent alors à nous. Soit être snob, et aller chercher un disque dans les marges (comme la cassette C86 du NME) : par exemple Discovered covered, tribute à Daniel Johnston réunissant quelques un de nos chouchous (TV On The Radio, Death Cab For Cutie, Bright Eyes...), et montrant le rock américain comme on l'aime, sous toutes ces coutures déchirées - punk, dépenaillé, symphonique, mélodique, expérimental et bruitiste. Soit en prenant Funeral dans la main gauche et Come on! Feel the Illinoise dans la droite, et en mélangeant pour obtenir notre nouvel étalon-maître. Une bonne idée de remix, tiens.

Son nom. Tant qu'à faire, autant trouver également un nom à ce courant. Un brainstorming même pas alcoolisé s'est finalement prononcé pour indillinoise. Comme indie, bien sûr ; également comme Illinoise de l'ami Sufjan, capitale Chicago, ville de Pitchfork, média dominant de ce nouveau courant (après calcul, les disques de notre top 2005 y recueillent une note moyenne de 8,4 : soit on est vraiment suivistes, soit il existe une vraie communauté de goûts) ; et comme noise, pour finir, parce que tous ses disques, à force de se réapproprier brillamment des strates d'influences superposées, font souvent du beau bruit - eh oui, on adore les Fiery Furnaces et Animal Collective.

Ses pères fondateurs. Interprétations diverses étant dorénavant un blog UMP, on appliquera la leçon de Sarkozy : pour encadrer un mouvement bordélique, toujours s'appuyer sur les grands frères. Sans faire forcément le même type de musique, les meilleurs groupes américains actuels ont tous retenu les cours magistraux des deux meilleures formations des années 90, Sparklehorse (photo) et Wilco. Soit deux groupes qui, partis d'une tradition voisine (la country alternative) y incorporèrent peu à peu tous les courants musicaux américains, de la power à la noisy-pop. En 2005, tout le monde a juste inversé les proportions, en gardant souvent un tropisme folk (même CYHSY, si si - écoutez Details of the war, pour voir) avant de partir joyeusement dans toutes les directions. Même processus au Canada, où les têtes d'affiche (Arcade Fire, Wolf Parade) ont repris, avec leur propre sensibilité, les leçons du Radiohead du milieu des années 90, époque lyrique de OK Computer.

Son avenir. Vu le programme des douze prochains mois, notre enthousiasme pour ce courant ne risque en tout cas pas de s'éteindre : TV On The Radio, Shins, Josh Rouse, I Love You But I've Chosen Darkness, Fiery Furnaces... vont revenir affronter l'armée des clones britanniques. Et comme on parlait de Sparklehorse et Wilco, un souhait, pour finir : revenez-nous vite avec un album studio, histoire de mettre la pression à toute la jeune génération. Pour citer au moins une fois un jeune groupe anglais : Apply some pressure. A prononcer avec l'accent américain, ou québecois à la rigueur.

16 janvier 2006

Boy, boy, boy !

On l'a dit et répété : ici, les interprétations sont diverses. Innovation : nos colonnes s'ouvrent dorénavant à d'occasionnels invités. Premier à faire les frais de cette participation ingrate et non rémunérée, Aymeric.


Johnny Boy - You Are The Generation That Bought More Shoes (MP3)
Johnny Boy - Bonnie Parker's 115th Dream (MP3)

Depuis deux semaines qu'on attendait ça, voici enfin le premier grand disque de 2006. Mais en ce qui concerne Johnny Boy, commençons donc par le début : leur incroyable premier single You are the generation that bought more shoes and you get what you deserve, sorti en 2004. Un refrain qui reste scotché au cerveau dès la première écoute. Une voix féminine pure et aérienne. Quelques clochettes discrètes et un tourbillon sonore. Un tube.

Les deux Londoniens auraient pu rester le groupe d’un seul single. Finalement, ils viennent de sortir un album éponyme produit par un membre des Manic Street Peachers. Rock ? Rap ? Electro ? OVNI musical, plutôt. Difficile de ressortir une chanson plutôt qu’une autre parmi les 10 titres du disque. Si Wall Street se rapproche de l’easy listening, War on want débute comme du Portishead, avant de se muer en hip-hop façon Missy Elliott ! Une variété de styles que l'on retrouve dans le déglingoïde Bonnie Parkers’s 115th dream. Où comment plonger une gentille pop song dans une cave infestée de danseurs désincarnés.

Une bizarrerie toutefois : leur site web, ne mentionne pas la sortie de l’album ! Vraiment étrange. Les amateurs peuvent toutefois le commander sur ce site suédois. Achetez-le au moins pour la jaquette. Vous verrez, Lolly Hayes est la nouvelle icône sexy du rock. A faire passer Karen O des Yeah Yeah Yeahs pour de la Britney Spears de bas étage. La preuve en images avec le clip de You are the generation that bought more shoes.

15 janvier 2006

Nouvelle année, nouvelles attentes

C'est la nouvelle année. Avant de s'extasier sur les grands albums de 2006, on spécule sur les grandes attentes. Du coup, le net fourmille d'avant-premières en tout genre.


The Shins - Won To Many Fights (MP3)
Les Shins font parti des bêtes sacrées de l'indie rock et la simple perspective d'un successeur à Chutes Too Narrow fait perdre la raison à plus d'un bloggeur. Alors que circule une nouvelle chanson extraite d'un live en Australie, Won Too Many Fights est un inédit issu d'un concert solo du chanteur James Mercer. Ce superbe titre pourraît figurer sur l'album des Shins en cours de réalisation.

Eels - Bus Stop Boxer (MP3)
Eels sortira son premier disque live fin février. Un double album enregistré à New York. Un premier extrait, Bus Stop Boxer, traîne sur le web. Une version poignante et magnifiquement interprétée d'un titre de l'album Souljacker.

Lauryn Hill - Rebel (MP3)
Alors que les Fugees peinent à se reformer (cf. prestation en demi-teinte aux Transmusicales de Rennes), Lauryn Hill est sur le point de sortir un nouvel album. Un événement considérable : depuis The Miseducation of Lauryn Hill et ses 5 Grammy Awards, la chanteuse n'a sorti qu'un album accoustique. Un grand retour aux affaires avec la participation, semble t-il, du grand Kanye West. Rebel, premier titre à filtrer, est agréable sans être exceptionnel.

12 janvier 2006

Graham Coxon de retour


Graham Coxon - Standing On My Own Again (MP3)

Dans la série preview, voici un extrait du nouvel album de Graham Coxon, l'ex-guitariste de Blur. Je n'ai jamais eu l'occasion d'écouter ses disques solo mais le personnage me plaît d'emblée. En 2002, il quitte le navire Blur en plein enregistrement de Think Tank, laissant le groupe au seul Albarn. Pas de chance, le capitaine Damon maitient la barre et l'album est réussi. N'ayant même pas réussi à couler Blur, il ne lui reste plus que la carrière solo. Love Travels At Illegal Speeds, son nouvel album, sort dans le monde entier le 13 mars mais déjà les MP3 circulent. C'est ça le net, c'est pas toujours bien beau.

Standing On My Own Again est une petite merveille de rock à guitares, aussi efficace qu'une chanson des New Pornographers. D'après les premiers auditeurs du disque, Graham Coxon aurait viré power-pop, à l'américaine. Une info (confirmée par le MP3) qui ne peut évidemment que me réjouir. A suivre.

Smiths, matrice et clones (2)


Trois Smiths et Sandie Shaw

T-Rex – Cosmic Dancer (MP3)
The Buzzcocks – Lipstick (MP3)
The Jam – That’s Entertainment (MP3)
Sandie Shaw – There’s Always Something There To Remind Me Of You (MP3)

Les Smiths ont peut-être converti, au milieu des années 80, toute une génération à la pop, mais ils ne sont pas issus, eux, d’une génération spontanée. Tentative d’élaboration d’une recette en quatre ingrédients.

Une voix (Marc Bolan). Celle d’un chanteur spécial. Toutes les voix sont uniques, certaines sont spéciales : elles divisent. Certains ne supportent pas la préciosité et les trémolos de Morrissey. D’autres fondent dès les premiers mots. Tout comme certains ne supportent pas les halètements suggestifs pour jeunes filles en fleurs de Marc Bolan de T-Rex (dont Morrissey reprit en solo le Cosmic Dancer), alors que d’autres connaissent peu de choses plus émouvantes que son « I danced myself into the tomb », prononcé cinq ans avant un accident mortel en voiture.

Une ville (The Buzzcocks). Celle qui écrasa la pop anglaise de sa classe de 1977 à 1994. Une dream-team qui ferait rêver n’importe quel sélectionneur : Tony Wilson en gardien du temple-Factory, un carré magique de défenseurs raides comme la justice (Curtis, Sumner, Hook, Morris), deux pitbulls hargneux au milieu (les frangins Gallagher), Morrissey et Ian Brown, chanteur des deux meilleurs groupes du monde, à la création, et une paire d’attaquants fabuleux, capables de convertir n’importe quelle mélodie en tube, Pete Shelley et Howard Devoto des Buzzcocks/Magazine. Lipstick, chantée par le seul Shelley, est une leçon de guitare dont a dû se souvenir Johnny Marr.

Une vision (Paul Weller). Celle du nouvelliste qui croque avec acidité le pays de sa Disgracieuse Majesté. Tradition entamée par Ray Davies, poursuivie par Paul Weller (The Jam), et poursuivie en partie par Morrissey et Jarvis Cocker. Sur ce single de Jam (repris plus tard par le Moz), si le refrain est That’s entertainment, on est pas là pour s’amuser. Pas quand on sait décrire dans ces mots-là son pays : "Days of speed and slow time Mondays/Pissing down with rain on a boring Wednesday/Watching the news and not eating your tea/A freezing cold flat and damp on the walls"...

Une vérité (Sandie Shaw). Celle des sentiments exprimés à la première personne. Morrissey vénérait Sandie Shaw, la « chanteuse aux pieds nus », une des symboles des productions easy-listening de Burt Bacharach, auteur du sublime There’s Always Something Me To Remind Of You... Easy, les Smiths ne l’ont jamais vraiment été. Reminded, par contre… On voit ça au prochain épisode.

A suivre : les petits Smiths…

Premier épisode

10 janvier 2006

Junior Senior, l'album de la maturité


Junior Senior - Can I get get get (MP3)
Junior Senior - Itch U Can't Scratch (MP3)

Alors que la pop suédoise est en train de prendre le pouvoir, concentrons-nous sur un groupe danois. Junior Senior est connu de tous pour son énorme tube de 2003, Move Your Feet, qui introduisait le bon goût sur le dancefloor. Avec ses montées vertigineuses, ce titre a toujours sa place dans mes compilations de soirée.

Toujours aussi passionné par les onomatopées, Junior Senior revient en 2006 avec l'album Hey Hey My My Yo Yo, une surprenante réussite. Là où on attendait un gros single et puis une dizaine de chansons prétextes, on trouve un disque homogène qui explore toutes les faces de l'hédonisme musical : le gros son de Fatboy Slim, l'éclectisme des Beastie Boys, la modernité de Rubin Steiner et les harmonies euphorisantes des Beach Boys. Rien que ça.

Can I get get get accroche l'oreille avec son groove dévastateur. Un bon tube à la sauce big beat. Sur Itch U Can't Scratch, Junior Senior se permet des effets hip-hop old school du meilleur effet. Deux titres simples, magnifiquement simples.

Post-scriptum : le titre de ce post est un jeu de mots.

08 janvier 2006

Déjeuner avec Donnedieu : ministère amer ?

Si vous suivez ce qui se passe sur le net, vous le savez peut-être : j'ai été invité à déjeuner au ministère de la culture avec Renaud Donnedieu de Vabres et quelques bloggeurs pour discuter du texte de loi sur les droits d'auteur (DADVSI). Je n'ignore pas que ce foie gras avalé en terres ennemies a une forte valeur symbolique. Et qu'il m'expose aux remarques acerbes, aux critiques légitimes et autres jalousies mal placées. Voici en tout cas quelques éclaircissements personnels.


La légitimité des bloggeurs ?
Pourquoi inviter des bloggeurs et pourquoi ceux-là ? La question est délicate. En terme de représentation de l'Internet, tout le monde n'avait peut-être pas sa place au banquet. Tristan Nitot, patron de Mozilla Europe, était clairement légitime mais il était plus là en tant que représentant des logiciels libres qu'en tant que bloggeur. Loic Le Meur m'a paru utile au débat. C'est quand même le premier bloggeur (et podcasteur) français, chef de file de cette génération d'entrepreneurs libéraux qui réinventent le web. Fafa, DJ de la French Touch et auteur du vieux tube Lucky Star (Superfunk) était là car il promeut sa musique avec les nouveaux outils de l'Internet. Quant aux autres, leur représentativité ne m'a pas paru éclatante. Il est aussi vrai qu'il aurait été plus habile de ne pas limiter la discussion aux seuls bloggeurs. D'autres acteurs de l'Internet étaient plus légitimes que nous. Je pense notamment à la Free Software Foundation, à Tariq Krim ou à Florent Latrive.

Pourquoi moi ?
Eh bien parce que mon ami Chryde de la Blogothèque, invité à la base, n'a pu venir. Il a jugé utile qu'un représentant des MP3 blogs soit tout de même présent. Afin que l'opinion d'un passionné de musique qui outrepasse les règles du copyright pour faire partager ses goûts aux autres soit entendue. Comme je n'avais pas de chaussures décentes mais juste des vieilles baskets, je représentais aussi les sales jeunes de la génération numérique. Une légitimité vestimentaire face aux dino-sau-res de la blogogeoisie présents.

Une opération de com' ?
C'est la principale critique qui a été faite aux bloggeurs présents, celle d'avoir été les pantins d'une opération de com' du ministère. Et effectivement, c'en était une. Le ministre a commencé le repas avec cette remarque assez drôle : "Après tout ce qui s'est passé sur les blogs au sujet du DADVSI, je n'ose plus taper mon nom sur un moteur de recherche". Bref, clairement, le ministre a invité des bloggeurs pour que nous répandions la bonne parole sur nos blogs, pour que nous expliquions que le ministre n'est pas un vendu à Universal mais quelqu'un qui aime la culture libre et le foie gras. Donnedieu de Vabres s'est pris la claque de sa vie en décembre et calmer la blogosphère lui paraît un préalable à toute réhabilitation politique. Il n'a pas tort.

Ca sert à quoi ?
Est-on venu uniquement pour faire beau sur la photo ou a t-on défendu franchement la cause de l'Internet ? Rien n'était préparé et chaque bloggeur a défendu son petit biz dans son coin, sans qu'une position commune ne se dégage vraiment. Tristan Nitot a défendu les logiciels libres, Loic Le Meur a défendu la possibilité de mettre de la musique dans les podcasts, etc... J'ai logiquement défendu les MP3 blogs. La bonne surprise est que le ministre a semblé réellement concerné par la majorité des problèmes évoqués. J'ai comme l'impression que Donnedieu s'est fait déborder par certains ultras de son ministère à l'heure de rédiger la première mouture de la loi. Et que maintenant, il est sincèrement prêt à équilibrer la balance et à entendre les arguments du camp d'en face, ne serait-ce que pour sauver sa peau. Ce déjeuner lui aura au moins permis de prendre le pouls de la scène Internet (pas la plus radicale, je le concède). Reste que ce déjeuner aurait dû avoir lieu il y a deux mois, avant la première lecture au Parlement.

Et après ?
Apparement satisfaite du dialogue, la directrice de cabinet adjointe de Donnedieu nous a convié à une future réunion pour travailler sur certains points précis de la loi où le ministère semble avoir pêché par ignorance ou par maladresse. Un exemple : sur le problème des logiciels libres, le ministre a juré ne pas vouloir entraver leurs développements et promet de réécrire le texte si des zones d'ombre subsistent. Un peu dépassés par l'ampleur de la tâche, les conseillers du ministre ont tout simplement besoin d'aide.
Bien sûr, toutes ces belles promesses ne sont que des promesses et il faut attendre la rédaction de la deuxième mouture du texte pour être fixé. Il n'en demeure pas moins que le discours a changé. Le Donnedieu du déjeuner de janvier n'était pas le Donnedieu de l'Assemblée en décembre. C'était un Donnedieu plus pragmatique, plus ouvert à la contradiction, prêt à aménager son texte. Comme sur le conflit des intermittents où il avait joué le rôle de pompier d'Alliagon, il veut maintenant éteindre le feu qu'il a lui-même allumé. C'est très politique mais on ne peut que s'en réjouir.

Et les MP3 blogs dans tout ça ?
On en vient enfin à ce qui nous intéresse, les MP3 blogs (NDLR : sites persos mettant des MP3 en téléchargement libre afin de faire découvrir des artistes). Ce nouveau mode de diffusion de la musique est menacé par une offensive de la SACEM. Je ne m'attendais donc pas à convaincre Donnedieu de l'utilité de la chose, bien au contraire. En témoigne cette blague que m'a glissé Tristan Nitot à l'issue du dîner : "Alors Vincent, elles sont où tes menottes ?". Car le MP3 blog, pour des apôtres du copyright, c'est quand même pas joli, joli.
J'explique donc ma petite affaire à Donnedieu et là, surprise, le voilà qui approuve sur l'air du : "C'est bien mon petit, tu fais avancer la cause de la musique". Et moi, d'expliquer que nous sommes en quelque sorte les "nouveaux petits disquaires du web", des passionnés qui font écouter un titre ou deux pour faire acheter l'album à d'autres passionnés. Il me répond que c'est bien mais que quand même, c'est bien triste un quartier sans disquaire. Ce à quoi je réplique : "Mais monsieur le ministre, les petits disquaires ferment mais notre démarche aurait tendance à les remplacer par des petites salles de concert. Plus la musique est diffusée, plus les gens l'écoutent et l'apprécient". Il est bien d'accord et il finira par balancer à un auditoire sidéré : "Plus il y aura de nouveaux blogs, mieux se portera la création". Voilà comment j'ai pactisé avec la droite et fait reconnaître l'utilité des MP3 blogs. Paradoxal.

Ouais, c'est bien beau mais alors ?
Je ne sais pas si Donnedieu a bien compris le principe des MP3 blogs. Il n'en demeure pas moins que les principes de l'échange et de la découverte, fidèles à sa pensée humaniste (un peu datée), le séduisent. Ou, en tout cas, il simule bien la chose. Au contraire de Loic Le Meur qui aimerait bien que la loi lui autorise à balancer de la musique dans ses podcasts, je n'ai pas demandé de légiférer sur les MP3 blogs. Selon moi, le vide juridique actuel nous est profitable. Comme nous n'avons rien à payer pour diffuser les contenus, nous ne sommes pas obligés de recourir à la publicité et nous sommes donc indépendants des maisons de disque.
Si le ministre nous laisse tranquille, la SACEM pourraît venir rapidement nous emmerder. Nous pourrons alors utiliser les propos tenus dans ce déjeuner par le ministre. Et eventuellement lui demander de nous soutenir. D'ailleurs, au fond, sa position s'explique facilement : tant qu'on ne fait pas perdre d'argent aux maisons de disque (au contraire, on en fait plutôt gagner), on ne fait chier personne. Donc, autant pas nous faire chier.

06 janvier 2006

2005 en 11 singles (JM)

A l'heure du baladeur MP3 et du blog du même format, le single revient à la mode (même si c'est sous forme de 0 et de 1). Il méritait donc lui aussi son classement 2005.



1. The Clientele - Since K Got Over Me (MP3)
Dans dix ans, le Thierry Meyssan des MP3 blogs révélera sûrement la vérité : ce morceau sublime est une B-side de Simon & Garfunkel produite par Phil Spector un jour où Sterling Morrison traînait dans le studio, vers 1969, année euphorique. En attendant, Since K Got Over Me mérite au moins le titre de meilleur single 2005.
Acheter Since K Got Over Me / Strange Geometry.


2. Sodastream - Keith And Tina (MP3)
Il y a trois ans, avec A Minor Revival (quel titre !), Sodastream rejoignait les Go-Betweens et The Apartments sur ma carte de l'Australie : même aptitude à faire rimer mélancolie et mélodie, même guitares caressantes, même chant habité. Et même hanté, cette année, par un mellotron qui fait de Keith And Tina une très belle ballade de cow-boy mélancolique.
Acheter Take Me With You When You Go.

3. Voxtrot - Raised By Wolves (MP3)
Deux possibilités. Ou bien Voxtrot commence à sortir d'excellents LP à partir de 2006, et Raised By Wolves sera leur Charming Man (du calme, du calme...). Où bien il reste le groupe d'une chanson. Mais quelle chanson !
Acheter Raised By Wolves.


4. I Love You But I've Chosen Darkness - We're Still The Weaker Sex (MP3)
Pas sûr que choisir un nom pareil porte chance à ce groupe, qui sort son premier album en mars prochain. Mais ce patronyme est à l'image d'un excellent single, qui joue à merveille de l'art de la saccade, du malaise et du temps faible. Update : le morceau date en fait de 2003 (!!!)... mais le groupe sort son premier album bientôt, un petit coup de pouce est donc le bienvenu
Acheter I Love You But I've Chosen Darkness.


5. Bright Eyes - First Day Of My Life (MP3)
Fut un temps, il y a une éternité (dix mois !) où parler de Bright Eyes était le sommet de la hype. Un engouement un peu oublié (pas forcément à tort) à l'heure des bilans de fin d'année, qui occultent souvent I'm wide awake, it's morning et Digital ash in a digital urn. Après l'avoir légèrement surestimé, il faut pourtant prendre garde à ne pas sous-estimer Conor Oberst. Ce single poignant est là pour le rappeler.
Acheter First Day Of My Life / I'm Wide Awake, It's Morning
.

6. The National - Abel (MP3)
Chaos et Abel au programme de ce single furieux qui rappelle la découverte émue de Slipping Husband ou Available (les "tubes" de Sad songs for dirty lovers), et confirme de manière définitive que The National est un des groupes les plus importants des années 2000. Acheter Abel / Alligator.

7. Broken Social Scene - Ibi Dreams Of Pavement (A Better Day) (MP3)
Les collectifs sont à la mode, les Canadiens le sont aussi. Que dire alors des collectifs canadiens ? Ce titre du nouvel album de Broken Social Scene donne en tout cas envie, vu sa ferveur, de croire en cette nouvelle religion popularisée par Arcade Fire.
Acheter Ibi Dreams Of Pavement (A Better Day) / Broken Social Scene.

8. The Magic Numbers - Forever Lost (MP3)
Plutôt que de couper les racines carrées en quatre, les Magic Numbers ont choisi l'équation la plus simple qui soit, déjà résolue par Hal ou les Thrills : influences sixties + production lustrée = singles en pagaille. Au final, une pêche (dans tous les sens du terme) aussi miraculeuse que chez leurs collègues.
Acheter Forever Lost / The Magic Numbers.


9. Rogue Wave - 10:1 (MP3)
15 ans après le grunge, Sub Pop fait dans la pop. Les miraculeux Shins, qui sortiront leur troisième album en 2006, en sont la version "ligne claire". Rogue Wave, lui, est parfois plus bordélique et allumé. Ou comment aboutir à un résultat inverse des Magic Numbers en partant de postulats pas si éloignés.
Acheter 10:1 / Descended like vultures.


10. Franz Ferdinand - Walk Away (MP3)
Le deuxième Franz Ferdinand est un mélange d'art sonique (plusieurs pop songs tueuses : The Fallen, You're The Reason I'm Leaving, What You Meant) et de vieilles ficelles usées, l'irritant single Do you want to ? en tête. Pour faire passer le tout, heureusement, quelques ballades ourlées avec classe. On ne l'aurait jamais cru : les Ecossais savent faire dans le léger
Acheter
Walk Away / You Could Have It So Much Better...

11. Yeti - Never Lose Your Sense Of Wonder (MP3)
Le come-back improbable de l'année, en la personne de John Hassall, bassiste des Libertines. Qui, plutôt que faire dans le punk-pop à la Libs ou le rock défoncé à la Doherty, lorgne sur le Merseybeat des La's. Le résultat ne manque pas de charme.
Site web.

04 janvier 2006

Les belles gueules d'Eagle*Seagull


Eagle*Seagull - Photograph (MP3)Eagle*Seagull - Your Beauty Is A Knife I Turn On My Throat (MP3)

Un jour, il faudra sérieusement que quelqu'un se penche sur les sites Myspace, ces espaces web qui permettent, notamment, de mettre en streaming quelques chansons. De plus en plus de groupes ont ainsi leur Myspace (en plus d'un site web) afin de diffuser deux ou trois titres aux internautes. Et cette innovation qui n'a l'air de rien semble en train de changer en profondeur le mode de diffusion de la musique. Complémentaires des MP3 blogs, les Myspace permettent aux groupes de gérer leur (micro-)communication et ainsi, pourquoi pas, de se faire connaître.

C'est en tout cas ce qui est en train d'arriver à Eagle*Seagull, groupe originaire de Lincoln dans le Nebraska. Leur premier album, éponyme, sort en octobre dernier et ne mobilise pas franchement les foules. Un article dans le canard du coin et puis quelques chroniques dans des wezines anodins, bref, rien de bien solide, niveau notoriété. Et puis, voilà que Connor de l'excellent blog I guess I'm floating divague sur diverses pages Myspace et finit par tomber sur celle d'Eagle*Seagull. Et là coup de foudre, et là, immédiatement un post. Et puis une mention dans son top de fin d'année. Et puis You Ain't No Picasso, blog indie de référence, finit par en parler (et je viens de voir que même Gorilla vs Bear s'y est mis). La hype est née.

Interprétations Diverses ne se privera pas de la propager. Car Eagle*Seagull a beaucoup de talent. Et a surtout une chanson qui risque d'emporter tous les suffrages, Photograph. Dans une veine multi-instrumentale et multi-émotionelle qui rappelle Arcade Fire, E*S livre un titre dense et riche, capable de monopoliser un iPod pendant plus d'une semaine, ce qui n'est pas un mince exploit. Le deuxième titre Your Beauty Is A Knife I Turn On My Throat évogue vaguement Wolf Parade avec cette voix dégénérée et cette ambiance de cabaret lyrique. Tout aussi efficace que Photograph.

Leur site web / Leur page Myspace / Le moyen d'acheter leur disque.

02 janvier 2006

2005 en 14 titres (Vincent)

Exercice toujours délicat, le top chansons est un exercice piégeur. On se laisse aller et sans faire gaffe, on photographie plus l'état d'esprit actuel que celui de l'année écoulée. Voici en tout cas une tentative d'épuisement de 2005, en 14 titres. Surprise : la pop suédoise, en pleine explosion, y place trois de ses francs-tireurs. A venir : le top de JM.



1. Okkervil River - For Real (MP3)
For Real est un formidable cri de douleur, un hymne flippé aux pires cauchemars. Cette plongée aux enfers est servie par une partie instrumentale magnifique, dans laquelle les guitares se superposent pour plomber encore l'ambiance.
Acheter Black Sheep Boy / For Real.


2. TV On The Radio
- Dry Drunk Emperor (MP3)
Souvent oublié des bilans de 2005, Dry Drunk Emperor en est pourtant son sommet émotionnel. Fin août, le sud des Etats-Unis et toute l'administration Bush se noient sous les eaux de l'ouragan Katrina. Kanye West balance que Bush n'en a rien à foutre des noirs et TV On The Radio offre un simple MP3 sur son site web. En deux salves dévastatrices, tout est dit.
Site web.

3. Sufjan Stevens - Chicago (MP3)
Quand Sufjan Stevens délaisse la folk pour la pop la plus enlevée, cela donne Chicago, hymne au voyage et au regret. Les potes sont à l'arrière du van, la nostalgie est dans le coffre. Tout est là, direction Chicago !
Acheter Illinoise.


4. Spoon - Sister Jack (MP3)
Des guitares percutantes, un refrain parfait, un soupçon de nostalgie : tout concourt à faire de cette pop song ensoleillée un des highlights de 2005. Dommage toutefois que l'album ne tienne pas cette douce promesse sur la longueur.
Acheter Gimme Fiction / Sister Jack.

5. Kanye West - Touch The Sky (MP3)
Avec sa petite phrase sur Bush et un deuxième album très réussi, Kanye West s'est définitivement issé en haut de la hiérarchie du hip-hop américain. Le nouvel Eminem est un rappeur cool et intelligent avec un sens de la musicalité phénoménal. En témoigne Touch The Sky, titre au parfum soul où le flow de West est rehaussé par une section de cuivres.
Acheter Late Registration / Touch The Sky.

6. I'm from Barcelona - We're from Barcelona (MP3)
Ce curieux groupe qui se croit à Barcelone est en fait une des innombrables bandes qui refont la pop depuis les côtes suédoises. Entre The Polyphonic Spree et Architecture In Helsinki, le réjouissant We're from Barcelona comporte les plus beaux "Na, na, na, na !" de l'année.
Site web.

7. Jennifer Lopez - Get Right (MP3)
2005 aura eu son sous-Crazy In Love avec ce titre inespéré de J.Lo. Une petite bombe dancefloor boostée à coup de samples jazzy. Dans cette catégorie, j'aurais aussi pu mentionner le 1 Thing d'Amerie, mais finalement pas.
Acheter Rebirth / Get Right.

8. Low - Monkey (MP3)
Titre énigmatique, Monkey est un joyau de pop anxiogène. Un nuage de guitare semble annoncer l'orage. Abritez-vous, les vétérans de Low n'ont pas dit leur dernier mot.
Acheter
The Great Destroyer.

9. Envelopes - Sister In Love (MP3)
Groupe franco-suédois exilé en Angleterre, Envelopes offre une régression jouissive au pays de l'adolescence. Sur un ton inquisiteur, le grand frère balance cette délicieuse réplique : "If I were you, I would watch out for that guy, over there / He is, he is, he is not that fair". Comme une B.O. de Virgin Suicides, sans les suicides.
Acheter Demon / Sister In Love.


10. Electrelane - The Partisan (MP3)
J'ai lu plusieurs fois que cette reprise d'un classique de Leonard Cohen était ratée. Ah oui, merde... En tout cas, pour moi qui n'ai jamais connu la version originale, ce titre est un petit bijou de grunge féminin : sexy, mélancolique et rêveur.
Acheter Axes.

11. The Game (feat. 50 Cent) - Hate It Or Love It (MP3)
Rayon gangsta rap, 2005 aura été marqué par The Game, figure tatouée du ghetto américain. Sur Hate It Or Love It, il se paye une jolie joute verbale face au roi du genre, 50 Cent.
Acheter The Documentary / Hate It Or Love It.


12. Beat Radio - Treetops (MP3)
Dernier arrivé dans iTunes, ce titre nous plonge dans une époque bénie de l'indie, là où la plaque tectonique des 80's s'enfonçait dans celle, brûlante, des 90's. Une époque où si je n'avais pas eu 5 ans, j'aurais acheté beaucoup de disques de Galaxie 500.
Site web.

13. You Say Party ! We Say Die ! - Cold Hands ! Hot Bodies ! (MP3)
Puisqu'on ne peut pas ici parler de The Go ! Team, groupe de l'année 2005, sorti en 2004, évoquons les filles de YSP ! WSD !, autres adeptes du point d'exclamation et du rock foutraque. Ce superbe titre comprend deux parties aussi impressionantes l'une que l'autre, le tout dans une ambiance aussi festive que noire.
Acheter Hit The Floor !

14. Sambassadeur - Between The Lines (MP3)
Petite fraîcheur pop venue de Suède, Between The Lines mélange la candeur du Velvet Underground de Nico et la simplicité instrumentale des Go-Betweens. Une chanson aussi belle que sa chanteuse.
Acheter
Between The Lines EP.

01 janvier 2006

Bilan 2005 des lecteurs

Alors que notre blog vient d'enregistrer son 100.000ème visiteur (qui gagne un pin's parlant), voici le top 2005 de nos lecteurs. Une grosse trentaine d'entre vous ont rempli leurs obligations civiques en nous envoyant leur liste. Question : que font les 99.966 autres ?



La liste

1. Sufjan Stevens - Come on ! Feel the Illinoise !
2. Art Brut - Bang Bang Rock'n'Roll
3. Queens Of The Stone Age - Lullabies To Paralyse
4. The Rakes - Capture / Release
5. Animal Collective - Feels
6. The White Stripes - Get Behind Me Satan
7. Clap Your Hands Say Yeah - Clap Your Hands Say Yeah
8. Franz Ferdinand - You Could Have It So Much Better
9. Andrew Bird - The Mysterious Production Of Eggs
10. Antony And The Johnsons - I Am A Bird Now
11. The New Pornographers - Twin Cinema
12. Supergrass - Road To Rouen
13. Broadcast - Tender Buttons
14. Sleater-Kinney - The Woods
15.
Okkervil River - Black Sheep Boy

Le commentaire de notre responsable marketing
Nos lecteurs sont vraiment des gens formidables.

Le commentaire de nos rédacteurs
Nos lecteurs sont vraiment des gens formidables, mais ils n'ont pas tout à fait les mêmes goûts que nous. En ce qui concerne la première place, rien à redire : Sufjan Stevens, arrivé largement en tête, est bien l'homme de l'année. Peut-être pas le disque le plus écouté cette année, mais probablement le plus écouté dans 30 ans par les nostalgiques des 00's. La deuxième place d'Art Brut nous réjouit également. C'est la troisième place qui nous a surpris : Queens Of The Stone Age ne rentre pas exactement dans notre fenêtre de tir. "Trop rock pour des poppeux, trop pervers pour des mollassons", diront nos contradicteurs. Et on ne pourra pas vraiment leur donner tort. QOTSA est un groupe essentiel mais pas blog-able, tels sont les mystères de l'Internet.

La suite du classement absorbe les Rakes, Franz Ferdinand et les White Stripes, autant de groupes que nous n'avons pas défendu. On l'a déjà dit, le revival rock nous semble moribond face à lame de fond indie. Et ces trois disques, quoique bons, n'auront été finalement qu'anecdotiques. Quant à Antony And The Jonhnons et Andrew Bird, les duettistes de la pop chiante, vous les citez, nous non. Qui a raison ? Je ne sais pas trop.